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Chers lecteurs, merci de consulter notre blog. La Republique Democratique du Congo vient sortir d'une guerre de plus de 10 ans qui a fauché la vie à plus de cinq million des personnes; L'Ituri est l'un de ces coins du Congo qui a été le plus devasté par cette guerre; elle a perdu près d'un million des ses fils et filles et son image en est sortie terriblement ternie...Ce blog pose et tente de répondre à quelques questions sur cette tragedie: quelles sont les causes reelles des ces tueries, qui en sont les auteurs, que doit-ont faire pour eviter la répétition de cette tragedie? Nous vous proposons ici des articles des journaux,études fouillées et réflexions des éminents scientifiques sur le drame Iturien.

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lundi 19 mars 2012

COMPRENDRE LA TRAGEDIE DE L'ITURI: L’Ituri ou la guerre au pluriel

De 1999 à 2004, le lointain district de l’Ituri, bordant les frontières ougandaise et soudanaise, a connu ce que les Ituriens eux-mêmes appellent une « guerre tribale » opposant Lendu et Hema, avec l’appui et l’interférence de forces étrangères plus ou moins visibles. Ressemblant plus à un « système de guerres » qu’à une guerre unique, le conflit iturien est un « entrelacs » de luttes qui ont fait environ 50 000 morts de 1999 à 2003 et environ dix fois plus de déplacés. Cet article n’a pas la prétention de démêler cet « entrelacs » de luttes mais, plus modestement, son objectif vise à retracer succinctement l’événementiel de la violence à l’œuvre dans cette zone congolaise depuis six ans et de mettre en évidence la sédimentation des conflictualités locales qui rend illusoire toute paix imposée.
 

Chronologie d’un conflit oublié

2 Le district de l’Ituri[2] [2] Circonscription administrative de la province orientale
qui compte entre 3,5 et 5,5 millions d’habitants, ne s’est pas embrasé brutalement mais progressivement, presque méthodiquement selon les témoignages des populations locales. Tout a débuté par un conflit ultra-local, dans un des cinq territoires du district. Le territoire de Djugu était, au plan agricole, le plus riche du district et, au plan ethnique, le plus complexe. La géo-ethnie des Hema[3] [3] Éleveurs, les Hema sont assimilés aux peuples nilotiques et des Lendu[4] [4] D’origine bantoue, les Lendu sont des agriculteurs qui y était tellement imbriquée qu’il était quasiment impossible de différencier leurs territoires : des collectivités hema comportaient des populations lendu et vice-versa. À l’époque coloniale, les Belges avaient créé, dans cette zone d’altitude et donc bien arrosée, de nombreuses fermes ainsi que la plus grande des missions catholiques du district, la mission de Fataki.



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Carte 1 - Le nord-est de la RDC et les pays voisins

Carte 1 - Le nord-est de la RDC et les pays voisins
3 Lors de la « zaïrianisation» de l’économie, les propriétaires belges conservant des intérêts dans l’ancien Congo devenu Zaïre ont confié leurs exploitations agricoles à des gérants hema dans l’espoir d’en reprendre possession une fois cette lubie mobutiste passée de mode. Or, la « zaïrianisation » a duré et les Hema ont fait enregistrer ces propriétés – dont les ouvriers agricoles étaient le plus souvent des Lendu – en leur nom. Les concessionnaires hema ont mené une politique d’accaparement des terres en soudoyant les autorités locales. En effet, selon la législation congolaise, un titre de propriété non contestée pendant deux ans devient incontestable. Le service du cadastre et le tribunal de grande instance de Bunia étant au service du plus offrant, de nombreuses malversations foncières ont eu lieu dans les années 1990, permettant aux concessionnaires hema d’agrandir leurs propriétés aux dépens des Lendu Pitsi du territoire de Djugu.
4 Cet accaparement était, du reste, facilité par le fait que la plupart des paysans lendu étaient illettrés et n’avaient les moyens ni financiers ni intellectuels de contester les titres fonciers qui leur étaient opposés. La police et le reste de l’administration dominées par les Hema n’ont pas joué le rôle d’arbitre impartial qui aurait dû être le leur et les quelques contestations foncières parvenues devant le tribunal local ont tourné à l’avantage des propriétaires. Structurelle en RDC, la corruption de l’administration et de la justice locales a permis aux tensions entre ces deux tribus de « gonfler » au point d’aboutir à un conflit ouvert (dans la mémoire locale, le premier « fait de guerre » fut le massacre d’un groupe de Hema se rendant à un mariage).
5 Épicentre de la guerre tribale, le conflit foncier du territoire de Djugu a vite révélé son potentiel de contagion en gagnant la zone d’Irumu où vivaient des Hema et Lendu méridionaux. Dans ce territoire, les zones hema et lendu sont plus homogènes que dans le Djugu, au point qu’il est possible de distinguer de véritables « blocs géo-ethniques ». L’arrivée des réfugiés lendu et de leurs récits de combats ont vite ravivé les anciennes plaies et conduit les deux groupes à épouser les causes de leurs cousins du nord.
6 Selon un processus dont l’histoire reste à faire, quatre milices ethniques (voir tableau 1, page ) se sont structurées en fonction des affiliations claniques traditionnelles (l’UPC pour les Hema nord et le PUSIC pour les Hema sud, le FNI pour les Lendu nord et le FRPI pour les Lendu sud[5] [5] L’histoire du FNI et du FRPI est encore confuse, les et, à partir de 2001, les affrontements entre Lendu et Hema se produisaient quotidiennement dans les deux territoires centraux du district, entraînant dans leur sillage de violence d’autres ethnies comme les Bira et les Alur. En effet, l’Ituri compte 18 ethnies et la plupart d’entre elles ne sont pas impliquées dans le conflit Hema/Lendu, sauf à titre de victimes.

Tableau 1

Nom
Caractéristiques
UPC
Union des patriotes congolais.
Groupe armé des Hema septentrionaux (encore appelés Gegere), dirigé par Thomas Lubanga, ce groupe a fait l’objet d’une scission en 2003.
PUSIC
Parti pour l’unité et la sauve garde de l’intégrité du Congo.
Groupe armé des Hema méridionaux, dirigé par le chef Kahwa.
FNI
Front des nationalistes intégrationnistes.
Groupe armé des Lendu septentrionaux, dirigé par Njabu.
FRPI
Front de résistance patriotique de l’Ituri.
Groupe armé des Lendu méridionaux (aussi appelés Ngiti), dirigé par plusieurs «commandants» aux dénominations changeantes.
FAPC
Forces armées du peuple congolais.
Groupe armé sans base ethnique, dirigé par le «commandant» Jérôme et situé au nord de l’Ituri.
APC
Armée populaire congolaise.
Branche armée du RCD/ML.
FDPC
Forces populaires pour la démocratie au Congo.
Groupe armé des Alur, dirigé par Thomas Ucala mais qui n’a ja mais fait la preuve de son effectivité.
7 Cependant, les Bira, du fait de leur éclatement géographique, sont souvent pris entre deux feux et ont dû prendre fait et cause pour les Hema et les Lendu en fonction des rapports de force locaux. Victimes d’attaques lendu, les Alur ont créé leur propre milice d’autodéfense (le FPDC) qui n’a jamais réellement été opérationnelle. Par le biais des mouvements de population, ces affrontements se sont ensuite étendus vers le nord et le sud, aux territoires de Mahagi et de Mambasa.

Une guerre dans la guerre

8 Ce conflit interethnique s’est présenté dès ses débuts comme une guerre dans la guerre ou plutôt comme l’embrasement d’un territoire qui était resté relativement en marge de la seconde guerre de RDC. Situé dans la Province orientale, alors zone d’influence de l’armée ougandaise (UPDF), le district de l’Ituri n’avait jusqu’en 1999 pas trop souffert de la seconde guerre de RDC et des combats entre les armées rwandaise et ougandaise. Installée à Bunia depuis 1998, l’UPDF a pris un parti pro-Hema dès le « gouvernorat » d’Adèle Lotsove (1999-2000) et elle s’est impliquée dans la répression contre les Lendu. Ainsi, dans le Djugu, des familles gegere ont payé un officier ougandais, le capitaine Kyakabale, pour mener des actions punitives contre les populations lendu occupant leurs concessions et arrêter l’administrateur du territoire qui s’opposait à ces familles. Mais cette position pro-Hema a vite été corrodée par l’attrait des activités lucratives (commerce de l’or, du poisson, ventes d’armes) qui l’ont conduite à jouer sur les deux tableaux et à devenir un « entrepreneur d’insécurité » (Perrot, 1999).
9 Monnayant sa protection aux uns et aux autres, contrôlant des zones aurifères comme Mabanga, vendant des armes aussi bien aux Hema qu’aux Lendu, l’UPDF s’est comportée comme n’importe quelle milice et a multiplié les alliances locales au point d’en venir à des combats fratricides. L’UPDF a poussé la logique de collusion avec des forces locales si loin que des affrontements ont parfois opposé des militaires ougandais à d’autres militaires ougandais (Maindo Monga Ngonga, 2003). Travaillée par une logique de criminalisation, l’UPDF a été perçue comme le maître d’œuvre d’un conflit qui, tout en étant loin de Kinshasa, risquait de déstabiliser le processus de transition. L’Ouganda a alors été pointé du doigt par les chancelleries occidentales et sa présence dénoncée comme contraire aux accords de Sun City qui prévoyaient le retrait des troupes étrangères de RDC. Sous la pression internationale, le retrait rapide de l’UPDF, qui devait être remplacée par les Casques bleus de la MONUC (Mission des Nations Unies au Congo)[6] [6] Voir également infra, article de M. -A Lagrange (NDLR). ...
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, a créé à Bunia au début de 2003 un vide stratégique qu’ont cherché à remplir les Hema de l’UPC et les Lendu du FNI/FRPI – à ce moment devenus alliés de l’UPDF.
10 La « bataille de Bunia » de mars à juin 2003 a alors valu à l’Ituri de bénéficier de l’attention des « faiseurs de news ». Pendant ces trois mois, Lendu et Hema ont pris et repris la ville, se livrant à chaque fois à des opérations d’épuration ethnique en bonne et due forme (les miliciens fouillaient les maisons à la recherche des membres de l’autre ethnie qu’ils exécutaient sur place). Incapable d’arrêter les combats en ville, le contingent de la MONUC (environ 200 hommes) a été secouru par une force militaire européenne, sous commandement français.
11 D’une durée de trois mois, l’opération Artémis[7] [7] Sur cette opération, voir Bagayoko, 2004 (NDLR). .a permis d’arrêter les combats en ville et de stabiliser la situation militaire. En desserrant l’étau des milices sur les Casques bleus, elle a permis un déploiement d’une brigade entière (environ 5000 hommes), dotée de moyens de combat largement supérieurs au contingent initialement envoyé. Le déploiement de cette brigade a eu un effet pacificateur de courte durée. Les batailles pour le contrôle de localités et les interventions étrangères ont été remplacées par des attaques – au début de faible ampleur – contre la MONUC et des exactions à l’encontre de la population civile (environ 60 morts à Katchele en octobre 2003). À la faveur de nouvelles livraisons d’armes, les accrochages entre milices ont repris au cours de l’année 2004, tout comme les attaques ethniques (à Lengabo en septembre 2004, les Lendu s’en sont pris aux Bira).
12 C’est finalement une embuscade à Kafé, où neuf Casques bleus ont trouvé la mort le 27 février 2005 qui a provoqué un changement de politique de la MONUC. Après avoir longtemps préconisé un désarmement volontaire, la MONUC a fini par lancer un ultimatum aux milices qui avaient jusqu’au 1er avril, pour désarmer. À l’expiration de cet ultimatum, la MONUC a engagé une politique de démantèlement des camps de miliciens, i.e un désarmement forcé, politique qu’elle refusait obstinément auparavant.
13 Ces années de guerre ont conduit à une déconnexion de l’Ituri avec les autorités centrales à Kinshasa mais aussi les autorités provinciales, plus proches, à Kisangani. Placée sous l’influence très directe (c’est-à-dire militaire) de l’Ouganda, l’Ituri a échappé à l’autorité de Kinshasa comme tout ou presque l’Est congolais, puis à l’autorité de Kisangani quand a été consommée la rupture entre les élites hema et le RCD/K de Wamba dia Wamba.
14 Les ruines de l’État congolais en Ituri – dont la présence n’était guère impressionnante – ont été facilement emportées par la guerre. Les structures de l’administration territoriale ont de facto cessé d’exister avec la fuite et la mort de leur personnel, notamment du personnel d’encadrement qui s’est enfui quand il a pu par vagues successives vers le Sud (Béni au Nord-Kivu) et parfois le Nord (Aru près de la frontière ougandaise). Les responsables d’administrations n’ont eu le choix qu’entre rejoindre la rébellion ou la fuite. En outre, les moyens matériels ont été victimes de la rapacité des diverses milices : les affrontements dans les plus importantes localités du district se sont accompagnés de pillages en règle, voire de destruction pure et simple de la « ville » (Djugu, Fataki, Irumu, etc.). Les véhicules des administrations ont particulièrement « intéressé » les combattants.
15 La disparition de l’administration nommée par Kinshasa s’ajoutant à la rupture des axes de communication routiers, les différentes milices se sont taillées des fiefs et ont nommé leurs « administrateurs » dans les territoires qu’ils contrôlaient. Ces milices – et plus spécifiquement l’UPC qui a dirigé, de facto, une grande partie de l’Ituri de 2000 à 2003 – ont souhaité remplir le vide administratif, c’est-à-dire imposer leur ordre et leur conception de la légalité. Milice ethnique qui se voulait un gouvernement en puissance, l’UPC a agi à l’instar des autres mouvements rebelles de l’Est congolais en nommant des ministres et une administration correspondante au point qu’on a parlé de « la républiquette d’Ituri » (Maindo Monga Ngonga, 2003). Pendant son « règne », en calquant le modèle administratif d’une province, elle a nommé des administrateurs de territoires, des policiers, des magistrats, des douaniers et entretenu des velléités de sécession sous l’œil bienveillant de l’Ouganda. De ce fait, l’ossature administrative est restée en place mais a été subvertie totalement par la milice dominante. La justice, la police, la douane, la mairie de Bunia, etc., étaient aux ordres de l’UPC et n’avaient pour seule tâche que d’alimenter les caisses de ce mouvement qui se voulait aussi « politique ».
16 De 1999 à 2005, le conflit iturien s’est développé comme un cancer dont les innombrables métastases défient tout diagnostic. La guerre tribale est née dans un contexte régional troublé où la rivalité rwando-ougandaise battait son plein et où cette rivalité déclenchait dans la province orientale une âpre compétition pour le pouvoir entre Congolais (la Province orientale a été l’objet des convoitises du MLC, du RCD/K et du RCD/ML). Ceci explique la rapidité de la régionalisation de la « guerre tribale » avec l’implication de l’APC, de l’UPDF et d’intermédiaires plus ou moins déclarés du Rwanda.
17 Le retrait de l’UPDF a coïncidé avec l’arrivée sur la scène guerrière d’un nouveau type d’acteurs – les Nations Unies –, qui ont modifié la donne en élevant les enjeux et en structurant la perception du conflit. Tout en reconnaissant les racines locales de la violence en Ituri, l’appareil d’analyse onusien qui a pour focus l’ensemble de l’Est congolais place au centre de cette violence les influences étrangères. À supposer qu’il soit correctement compris et décrypté, le rôle des « grands acteurs », à savoir les puissances nationales, a ainsi été surévalué. En 2003, l’idée prévalait que les affrontements ethniques étaient largement suscités et instrumentalisés par l’armée ougandaise et que son retrait ne pourrait avoir qu’un effet pacificateur, alors que ce fut précisément le contraire[8] [8] On l’accusa alors de mener une politique de « terre...
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! Cette lecture du conflit iturien par les « intérêts de gouvernement » (qu’ils soient localisés à Kampala ou à Kinshasa) présuppose aussi une définition unitaire de ces derniers et une unité d’action sur le terrain militaire : or, le gouvernement ougandais a parfois été divisé sur les motifs de l’intervention en Ituri et l’armée ougandaise est loin d’être une structure à la discipline parfaite et aux intérêts convergents (les généraux qui la dirigent n’ont pas tous les mêmes affiliations politiciennes et commerciales).
18 En Ituri comme aux Kivus, l’entrée en scène de la communauté internationale sous la forme des Nations Unies a conduit à minorer les causes locales du conflit pour mettre en avant ses causes internationales, par nature plus « diplomatisables », i.e plus faciles à appréhender et à traiter par la diplomatie onusienne qu’un conflit foncier ou commercial. Ainsi, dans le cas du conflit congolais, les principaux producteurs d’analyse se focalisent-ils sur le dévoilement des « manigances » des gouvernants de la région (en résumé les « 3 K »: Kinshasa, Kigali et Kampala) qui, au fil des crises, sont décrits comme autant de spoilers de la transition. Par nature plus difficilement identifiables car nécessitant une présence locale durable et une véritable compréhension des sociétés locales, la dynamique locale des conflits est, en revanche, moins souvent mentionnée par des analyses qui ont pour principal paradigme l’intérêt diplomatico-commercial des divers gouvernants de la région[9] [9] Les travaux de l’International Crisis Group sont de ce...
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L’Ituri ou la sédimentation des conflits

19 Cette lecture « gouvernementaliste » du conflit iturien doit être équilibrée par une lecture locale au risque de ne pas en comprendre la persistance et de l’attribuer à l’effet d’auto-entretien de l’économie de guerre. L’Ituri est un district où plusieurs couches de conflictualité se sont déposées au fil de l’histoire et qui interagissent entre elles. S’inscrivant dans un antagonisme de longue durée, les tentatives d’accaparement foncier des propriétaires hema des années 1990 et leur enrichissement en bétail – grâce au développement de l’élevage soutenu par des coopérations étrangères bien intentionnées dans les années 1980-1990 – ont été l’étincelle qui a provoqué l’explosion.

Un antagonisme de longue durée

20 Le problème terrien ultra-local du territoire de Djugu n’est que l’expression d’une coexistence historiquement difficile entre Lendu et Hema, dans un territoire de l’ultra-périphérie congolaise. Ce qui transparaît à travers le conflit foncier de Djugu est la longue histoire d’inégalité socio-économique entre des Lendu peu éduqués, généralement paysans ou « gratteurs » dans les carrières d’or et des Hema qui avaient fréquenté l’école des missionnaires belges, monopolisaient l’administration locale et le commerce et avaient bénéficié de la zaïrianisation des exploitations agricoles des colonisateurs. Le développement tardif de l’Ituri (l’État congolais n’y a créé des écoles publiques qu’au début des années 1970) a eu un impact social ethniquement différencié, les Hema étant mieux positionnés pour bénéficier de l’indépendance et des retombées de la création d’une administration locale dans les années 1960-1970.
21 Les mémoires locales dépeignent une relation inégalitaire dès ses débuts au XVIIIe siècle entre les pasteurs hema et les agriculteurs lendu, mais cette inégalité était tempérée par un système d’échanges mutuellement bénéfiques. Si les Hema qui avaient des « rois » ont subsumé les Lendu sans chefferie centralisée sous leur autorité, ils dépendaient d’eux pour une bonne partie de leur approvisionnement et des traces d’acculturation dans les deux groupes témoignent de l’intensité des échanges (Boga, dans le territoire d’Irumu, est une localité de Hema méridionaux cultivateurs tandis qu’on trouve des Lendu pasteurs). La coexistence des deux groupes aux territoires étroitement imbriqués s’était traduite, dans le passé, par plusieurs vagues d’affrontements en 1911, 1921, 1969, 1971, 1981 et 1992-1993. Ces moments de tension avaient donné lieu à des tueries de part et d’autre, tueries qui hantent encore la mémoire collective.
22 En général, ces affrontements ponctuels ne s’étaient arrêtés qu’avec l’intervention militaire ou civile du pouvoir central. En 1911, quand les Lendus-Bindi avaient tué le chef hema Bomere dans l’actuel territoire d’Irumu, les autorités coloniales belges avaient séparé les belligérants en définissant des territoires respectifs et en « libérant » ainsi les Lendu sud de la tutelle des Hema. Dans l’histoire locale, ce meurtre d’un chef hema représente le « crime primordial », celui d’où tout découle : c’est le moment de la rupture de la coexistence pacifique et le début d’une séparation contestée des deux groupes en collectivités administratives hema et lendu, au moins au sud de l’Ituri.
23 Ensuite, l’histoire prend la forme de l’engrenage de la vengeance et les heurts s’enchaînent. Près d’un siècle après le premier affrontement, en 1992-1993, le pouvoir mobutiste n’a pas hésité à envoyer ses « para-commandos » donner la chasse aux Ngiti (Lendu sud) qui s’étaient emparés du bétail des Hema. Ce fut le dernier incident avant le déclenchement de la « guerre tribale » contemporaine qui prit la forme d’attaques et de razzia de villages.
24 Selon des témoignages locaux, l’objectif de ces attaques était souvent de s’emparer d’un terroir longtemps convoité, comme Bogoro qui connut plusieurs attaques lendu ou Loga dans le territoire de Djugu. Dans le premier cas, il s’agit d’un village à la frontière des territoires hemas et lendus qui permet de contrôler l’axe commercial liant Bunia au lac Albert et qui fut attaqué à trois reprises (janvier 2001, août 2002 et février 2003). Les Lendu contestaient depuis longtemps l’appartenance de ce village aux Hema qui, cartes coloniales à l’appui, prétendent l’avoir obtenu des autorités belges. Dans le cas de Loga, les Hema ont chassé, en février 2002, les Lendu du sommet de la colline où se trouvait leur village et ils les ont repoussés sur des terres moins fertiles. Les Hema interrogés ont déclaré avoir depuis longtemps convoité les terres plus fertiles et plus faciles à cultiver du sommet de la crête. Dans ce district agropastoral, c’est donc largement une guerre de terroirs que se sont livrées les communautés hema et lendu et leurs milices respectives pour s’emparer des « bonnes terres » contestés depuis la fatidique séparation de 1911.

La violence du commerce

25 Autre forme de l’antagonisme local, le contrôle du commerce constitue l’une des sources de conflictualité aussi bien entre Ituriens qu’avec les voisins kivutiens. L’agriculture mise à part, les richesses commerciales de l’Ituri sont au nombre de deux confirmées (l’or et le poisson) et d’une théorique (le pétrole). Les zones aurifères sont nombreuses le long des cours d’eau et le lac Albert est encore riche en poissons qui, séchés, sont exportés vers l’intérieur de la RDC ou vers l’Ouganda. La richesse aurifère de l’Ituri a été connue dès l’époque coloniale et, durant le règne de Mobutu, l’exploitation aurifère était confiée à une société d’État (Okimo), le directeur de cette société étant le véritable homme fort de la région[10] [10] De ce point de vue, une histoire du rôle de la société. En outre, à la fin des années 1990 a couru la rumeur – toujours non vérifiée mais qui aboutit tout de même à des prospections par une société dénommée Heritage Oil – de l’existence de gisements de pétrole dans le lac Albert.
26 Commercialement, l’Ituri a pendant longtemps été tourné vers le nord et vers l’ouest : une route septentrionale permettait de rejoindre le Soudan tandis qu’un autre axe de communication (Kinshasa-Kisangani-Bunia) intégrait l’Ituri aux réseaux de l’ouest de la RDC. La guerre au Sud-Soudan, puis l’effritement progressif des axes de communication en RDC et enfin la guerre en RDC, ont achevé de réorienter les échanges commerciaux vers l’est. Les routes du nord vers Khartoum et vers Kinshasa à l’ouest ont été remplacées par la voie ougandaise, par la route et par le lac. La guerre ayant eu raison de la route Bunia-Mahagi, l’essentiel de ces échanges s’effectue maintenant par voie aérienne et par le lac.
27 Le contrôle des ressources commercialisables (or, poisson) et des axes et moyens de communication (routes, camions, bateaux) a été au cœur des stratégies des groupes armés et des communautés qu’ils « représentent ». La guerre des terroirs s’est rapidement transformée en guerre des marchés, voire en guerre des routes (pour accéder aux marchés), et aussi et surtout en guerre des zones aurifères. Ainsi, chaque groupe armé – ainsi que l’UPDF – s’est assuré le contrôle d’une ou plusieurs mines d’or dont il tire un revenu presque régulier, les derniers affrontements directs entre milices ayant concerné la mine de Djalassiga (FAPC contre FNI en juin et juillet 2004).
28 L’un des principaux sites aurifères d’Ituri, Mongwalu, a fait l’objet de plusieurs batailles entre l’UPC, le FAPC et le FNI avant que ce dernier ne finisse par asseoir son emprise durable dans la zone. De même, les Ngiti ont maraudé le long du lac Albert, harcelant les pêcheurs et s’emparant de leur équipement afin de s’assurer le contrôle des zones de pêche. Des villages carrefours comme Komanda, plus stratégiques pour le commerce que pour la guerre, ont fait l’objet de combats virulents. Cette localité qui commande l’accès à la route conduisant à la place commerciale de Béni au Nord-Kivu a été âprement disputée en 2002 entre Hema et Lendu.
29 Le rôle majeur des commerçants hema dans la création et le financement de l’UPC de Thomas Lubanga, tout comme l’engagement des Nande aux côtés des Lendu, témoigne des intérêts commerciaux à l’œuvre dans ce conflit local. Grande ethnie commerçante du Nord-Kivu, les Nande ont toujours été les rivaux en affaires des Hema qui les accusaient régulièrement de « piller les ressources de l’Ituri » et qui opèrent sur un axe commercial international identique (RDC / Ouganda / Kenya / Golfe persique / Extrême-Orient). En Ituri, cette rivalité commerciale a rapidement débouché sur des mots d’ordre d’épuration ethnique d’abord à l’égard des Nande, puis à l’égard de tous les djadjambo [11] [11]« Étrangers » en kiswahili en général, et la prise de Bunia par l’UPC a été pour les commerçants hema l’occasion de brûler ou de s’emparer de tous les magasins des Nande.
30 Les belligérants[12] [12] Ce terme ne désigne pas seulement les milices mais aussi se sont donc affrontés pour le contrôle des routes commerciales, des marchés et des ressources commercialisables, et les rivalités commerciales ont été le vecteur principal de la régionalisation du conflit. L’affrontement entre Hema et Lendu a, en effet, commencé à sortir d’Ituri, à dépasser les limites du district avec l’intervention de l’APC qui, montée du Nord-Kivu pour prêter main forte aux Lendu, a contrôlé le Sud de l’Ituri au bénéfice des Nande.
31 La régionalisation du conflit et l’intervention onusienne ont considérablement modifié à la fois les modalités guerrières et l’expression du conflit local.
32 Fin 2003-début 2004, on a pu croire que le temps de la « guerre tribale » était terminé. D’une part, les milices s’étaient découvertes un nouvel ennemi commun avec la MONUC – associée par certains Congolais à une force coloniale – et ont tenté – temporairement et sans grand succès – de se coaliser[13] [13] Au début de l’année 2004, l’UPC et le FNI/ FRPI; et, d’autre part, les lignes de front ethniques s’étaient figées. De même, à l’instigation des faiseurs de paix onusiens et en anticipation de certaines retombées financières, plusieurs initiatives locales de paix prenaient corps, permettant de penser que cette guerre tribale s’essoufflait. Mais, au même moment, les rencontres entre sages des communautés hema et lendu organisées par l’autorité intérimaire de l’Ituri témoignaient d’une volonté de défendre les acquis territoriaux et commerciaux de la guerre et, au mieux, aboutissaient à un accord verbal pour le retour de populations chassées de leurs villages… et leur sujétion au vainqueur du moment. Il n’était question ni de désarmement ni de rétrocession des terroirs conquis. Les ressentiments ethniques demeurent donc aussi forts qu’auparavant et, même si les communautés sont fatiguées de la guerre et de leurs groupes armés, le problème foncier à l’origine du conflit entre Hema et Lendu reste entier.
33 Les conflits sont rarement unidimensionnels. Ils sont, en général, le produit de plusieurs contentieux, animosités et compétitions qui ont leur propre histoire, leur propre logique et leurs propres contradictions. Le décryptage du discours de la guerre, dont le premier exemple se trouve dans l’œuvre de Thucydide sur la guerre du Péloponnèse, met en évidence des causes dissimulées consciemment ou inconsciemment et ces causes sont plurielles.
34 La guerre en Ituri ne fait pas exception à la règle puisqu’elle relève d’au moins trois conflictualités : foncière, commerciale et politique. Situé dans la province orientale, aux frontières du Soudan et de l’Ouganda, l’Ituri était un territoire uniquement connu des spécialistes de la RDC et des marchands d’or jusqu’en 2003. Cette année-là, l’Ituri a commencé à apparaître dans notre monde de l’information continue : des tueries, accompagnées parfois d’actes de cannibalisme, secouaient cette région du cœur de l’Afrique. Mobilisation médiatique et diplomatique allant parfois de pair, l’ONU intervenait en Ituri sans être en mesure de résoudre l’antagonisme historique entre Hema et Lendu et elle cherche depuis à traiter le symptôme (en désarmant les milices[14] [14] Ce désarmement est considéré aujourd’hui comme « réussi » au lieu de traiter les causes (les conflits fonciers et commerciaux). En outre, cette intervention a conduit à une focalisation sur les ingérences externes qui sont certes réelles mais présupposent une tension locale initiale pour générer de la violence collective et donner naissance à des « liaisons dangereuses » entre acteurs locaux et acteurs extérieurs.
35 Sans tomber dans l’ethnisme ni dans un localisme excessif qui ne re-contextualiserait pas les troubles en Ituri dans la problématique plus générale de l’Est congolais, force est de reconnaître que les lectures par le haut sous-estiment le poids des conflits locaux et préconisent une approche diplomatique ou militaire (voire dans le meilleur des cas diplomatico-militaire) pour des problèmes qui ne sont ni militaires ni diplomatiques ! Compte tenu de cette guerre plurielle qu’est encore aujourd’hui le conflit iturien, on peut légitimement se poser trois séries de questions :

  1. Est-on face à une guerre (une lutte pour le pouvoir politique, local ou national), une « jacquerie » qui aurait dégénéré ou simplement la criminalité organisée et exacerbée par la collusion d’intérêts financiers locaux et étrangers ? S’agit-il d’un conflit local (guerre de terroirs), régional (Ituri contre Nord-Kivu), national (Ituri contre le gouvernement de transition) ou international (lutte ougando-rwandaise sur le territoire congolais) ? Le problème de la caractérisation de ce conflit n’est pas purement académique car du diagnostic dépend le traitement appliqué. Paradoxalement, qualifier le conflit iturien de « guerre » serait de bonne augure car c’est précisément pour cela que la MONUC est la mieux équipée. Il va de soi que la MONUC n’est en mesure ni de résoudre les problèmes fonciers et commerciaux qui travaillent les territoires de cet État en faillite qu’est la RDC ni de réformer des structures socio-économiques inégalitaires. En outre, il n’est pas de la compétence des Nations Unies de réprimer les contestations paysannes ou la criminalité à grande échelle : ce sont des problèmes dont le traitement demeure essentiellement national et qui, au plan doctrinal, sont insuffisants à justifier l’intervention d’une force de maintien de la paix.
  2. Comment un conflit passe-t-il du néant à l’existence médiatique ? L’Ituri était un conflit oublié jusqu’en 2003[15] [15] Comme l’indique la première phrase du rapport spécial. De 1999 à 2003, il était absent de l’actualité internationale, et ce malgré des massacres de grande ampleur comme celui de Nyakundé en 2002 où environ 1 000 personnes furent tuées par les milices lendu. L’émergence médiatique de l’Ituri n’est pas véritablement corrélée à l’intensité de la violence. Elle est plutôt contemporaine de l’identification de ce conflit ultra-périphérique comme risque pour le processus de transition congolais. En effet, le retrait des troupes ougandaises était une question de principe (leur présence contredisait l’accord de Sun City), mais le déchaînement des combats après leur départ n’était pas moins problématique que leur présence : l’UPC agitant le spectre de la sécession, la communauté internationale ne veut pas voir remise en cause l’unité du territoire congolais. Cependant, celle-ci a semblé se fragiliser une fois encore au moment même où un gouvernement de consensus se mettait en place. Cet exemple risquait de faire jurisprudence et d’autres territoires à l’est auraient pu être tentés par une « iturianisation », c’est-à-dire réclamer leur autonomie. Aidé indirectement par les actes de cannibalisme auxquels se sont livrés des combattants, ce foyer de violence est donc passé de l’invisibilité à la visibilité médiatique quand des Casques bleus y ont été envoyés pour rétablir un minimum d’ordre. De même que certains sociologues se sont interrogés sur l’invisibilité des pauvres (Paugam, 2005), de même serait-il judicieux de s’interroger sur les circonstances et mécanismes de décision internationaux qui rendent certains conflits invisibles et d’autres visibles. La liaison entre mobilisation médiatique et mobilisation diplomatique doit, de ce point de vue, être étudiée en détail.
  3. Les relations entre le centre et les périphéries ne sont-elles pas vouées à être ambiguës et agitées dans un État fantôme comme la RDC ? La situation de l’Ituri est celle d’un district qui a vécu dans un état de violence endémique et de manière autonome et déconnectée du reste de la RDC depuis 1999. Ce territoire a rompu avec la logique d’accaparement par le haut que menait le défunt maréchal Mobutu et n’a plus alimenté (en or et en taxes) un centre qui a lui-même cessé d’exister pendant un temps. Kabila père avait envoyé quelques salaires en 1998 et ce n’est qu’en 2004 que de nouveau des salaires ont été envoyés en Ituri par son fils. De même, en 2003, l’envoi par Kinshasa d’un contingent d’environ 300 policiers avait tourné court, ces derniers étant rapidement mis en déroute par l’UPC. Le pouvoir central ne s’étant manifesté que par sa faiblesse et sa cupidité, il est associé dans ce territoire ultra-périphérique à l’exploitation prédatrice plus qu’au développement économique ou au maintien de l’ordre public. Dans les esprits locaux, une emprise forte de Kinshasa est toujours synonyme d’un pouvoir central exploitant à son seul profit les richesses ituriennes. Le sécessionnisme iturien dont a beaucoup joué l’UPC n’est donc ni un pur produit de la propagande hema ni une identité locale particulièrement exacerbée : c’est avant tout le raisonnement rationnel de populations qui n’ont connu que l’État mobutiste, ont tiré les leçons des rapports centre/périphérie que cet État avait instauré et préfèrent un centre faible à un centre fort, c’est-à-dire une prédation locale – qui n’est pas sans effet redistributif – à une prédation nationale. Ce faisant, la difficulté pour Kinshasa d’imposer son autorité sur cette périphérie rebelle relève, en grande partie, d’un problème d’image : tant que le pouvoir national sera perçu comme accapareur, il risque d’être combattu par des populations qui, « émancipées » du système Mobutu, craignent son retour sous un autre nom présidentiel.
En tout état de cause, l’Ituri démontre la nécessité de penser la guerre au pluriel et la difficulté d’élaborer un plan de paix capable de prendre en compte cette pluralité. À l’heure actuelle, la situation politico-militaire en Ituri reste celle d’un conflit de basse intensité qu’il serait téméraire de déclarer « terminé ».

Annexe

Annexe 1

Dates
Événements marquants
mai-juin 1999
Affrontements entre Hemas et Lendus dans le territoire de Djugu.
29 janvier 2000
Selon l’ONG Christian Blind Mission, les affrontements inter-ethniques d’août à décembre 1999 ont fait environ 5000 morts.
26 avril 2001
Assassinat de 6 membres du CICR.
août 2002
L’UPC prend le contrôle de Bunia et massacre de Songolo.
septembre 2002
Massacre de Nyakundé .
janvier 2003
L’UPC se retourne contre l’armée ougandaise et forme une alliance avec le RCD/G soutenu par le Rwanda.
janvier 2003
La MONUC fait état de témoignages de viols et de cannibalisme.
mars 2003
Avec l’aide de l’armée ougandaise, les Lendu chassent l’UPC de Bunia et massacrent les Hema.
12 mai 2003
L’UPC reprend Bunia.
19 mai 2003
Assassinat de deux observateurs de la MONUC à Mongwalu.
10 juin 2003
Arrivée de la mission militaire Artémis chargée de rétablir la sécurité à Bunia.
1er septembre 2003
Fin de la mission Artémis et début du déploiement d’une brigade de Casques bleus en Ituri.
6 octobre 2003
Massacre de Katchele par des Lendus.
janvier 2004
Alliance éphémère du FNI et de l’UPC contre la MONUC.
12 février 2004
Mort d’un Casque bleu dans une embuscade de l’UPC.
14 mai 2004
Les milices s’engagent à participer au processus de désarmement et démobilisation.
15 juin-15 juillet 2004
Affrontements entre le FAPC et le FNI à Djalassiga.
20 septembre 2004
Attaque du village de Lengabo par des Lendu.
25 février 2005
Embuscade contre les Casques bleus: 9 morts.
1er avril 2005
Fin de l’ultimatum de la MONUC pour le désarmement des milices et début des opérations de désarmement de la MONUC.

Bibliographie

Bibliographie

 Bagayoko, N. (2004), « L’opération Artemis, un tournant pour la politique européenne de sécurité et de défense », Afrique contemporaine, n° 209, p. 101-116.
Boshoff, H. et T. Vircoulon, (2004), « Update on Ituri », African Security Review, vol. 13, n° 2.
International Crisis Group (2003), « Congo Crisis: Military Intervention in Ituri », Africa Report, n° 64.
International Crisis Group (2004), « Maintaining Momentum in the Congo: The Ituri Problem », Africa, n° 84.
International Crisis Group (2004), « Pulling back from the Brink in the Congo », Africa Briefing, n° 18.
Maindo Monga Ngonga, A. (2003), « La républiquette de l’Ituri en RDC : un Far West ougandais », Politique africaine, n° 89, p. 181-192.
Paugam, S. (2005), Les formes élémentaires de la pauvreté, Paris, PUF.
Perrot, S. (1999), « Entrepreneurs de l’insécurité », Politique africaine, n° 75, p. 60-71.
 Pourtier, R. (2003), « L’Afrique centrale dans la tourmente. Les enjeux de la guerre et de la paix au Congo et alentour », Hérodote, n° 111, p. 11-38.
Raeymakers, T. et K. Vlassenroot (2003), The Formation of New Political Complexes: Dynamics of Conflict in Ituri, Occasional paper, Centre d’études africaines, Université de Copenhague.
Vircoulon, T. (2004), « Transposer l’État dans les failed States », Les Cahiers de la sécurité intérieure, n° 55, p. 205-218.
Vircoulon, T. (2005), « Ambiguïtés de l’intervention internationale en République démocratique du Congo », Politique africaine, n° 98, p. 79-95.

Notes

[1] Auteur d’un ouvrage sur l’Afrique du Sud, Thierry Vircoulon a écrit plusieurs articles sur la transition congolaise et a travaillé en RDC pour une organisation internationale. Retour
[2] Circonscription administrative de la province orientale, l’Ituri est divisée en cinq territoires qui sont également des circonscriptions administratives (Djugu, Irumu, Mambasa, Aru et Mahagi), elles-mêmes subdivisées en collectivités. Retour
[3] Éleveurs, les Hema sont assimilés aux peuples nilotiques et se seraient installés de l’autre côté du lac Albert à partir du XVIIIe siècle. Retour
[4] D’origine bantoue, les Lendu sont des agriculteurs qui vivaient dans un système de chefferies peu formalisé jusqu’au début du XXe siècle. Retour
[5] L’histoire du FNI et du FRPI est encore confuse, les deux milices se présentant, selon les périodes, soit unies, soit sous des étiquettes séparées (le FRPI se présentait même à une époque comme la branche armée du FNI). Retour
[6] Voir également infra, article de M.-A Lagrange (NDLR). Retour
[7] Sur cette opération, voir Bagayoko, 2004 (NDLR). Retour
[8] On l’accusa alors de mener une politique de « terre brûlée ». Retour
[9] Les travaux de l’International Crisis Group sont de ce point de vue d’une lecture édifiante. Retour
[10] De ce point de vue, une histoire du rôle de la société Kilomoto dans la politique congolaise reste à écrire. Retour
[11] « Étrangers » en kiswahili. Retour
[12] Ce terme ne désigne pas seulement les milices mais aussi les communautés dont elles sont issues. Retour
[13] Au début de l’année 2004, l’UPC et le FNI/FRPI se sont rencontrés et ont formé une alliance de papier qui, sur le terrain, ne s’est jamais concrétisée. Retour
[14] Ce désarmement est considéré aujourd’hui comme « réussi » alors qu’une arme pour deux combattants a été récupérée et que 70 % de ces armes ne fonctionnaient pas (cf. 18e Rapport du Secrétaire Général de l’ONU sur la MONUC, août 2005). Retour
[15] Comme l’indique la première phrase du rapport spécial de l’ONU sur les événements d’Ituri (janvier 2002 à décembre 2003) : « La situation des droits de l’homme dans le district de l’Ituri, situé dans la province orientale de la RDC, est aujourd’hui l’une des plus désastreuses du monde après avoir été longtemps l’une des plus méconnues » (p. 5). Retour

Résumé

À travers les interventions, en 2004, de l’ONG Première urgence à Komanda et Bafwasende en Ituri, cet article essaie de présenter la complexité des enjeux et la difficulté des interventions humanitaires en zones sous contrôle milicien. Mais aussi, comment se concrétisent, sur le terrain, la politique sécuritaire des Nations Unies et le rôle qui est alloué aux ONG dans la machine de paix issue du 11 septembre 2001.



Using the example of the 2004 interventions of the French NGO Première Urgence in Komanda and Bafwasende in the Ituri region, the article attempts to capture the picture of the complexity of stakes and the difficulties faced by humanitarian interventions in areas under armed militias control. It also shows the actual work of UN security policy and the role that has been devolved to NGOs in post-9/11 peace making operations.

PLAN DE L'ARTICLE




Source: Thierry Vircoulon « L'Ituri ou la guerre au pluriel », Afrique contemporaine 3/2005 (no 215), p. 129-146.

Prétendant bénéficier de la couverture de la hiérarchie - Des Asiatiques impliqués dans l'exploitation illégale d'or chassés d'Ituri

PHOTO WANG888
* Entre 50 et 100 kg d'or prennent la direction de l'Asie. Ils sont plus de quarante, ces Chinois et ces Coréens qui viennent d'être chassés du territoire d'Ituri, dans la Province Orientale, par la police, puisque impliqués dans l'exploitation illégale de l'or en différents endroits de cette partie de la République démocratique du Congo.

Coincées par de nombreuses déclarations de la Société civile dénonçant le pillage par des Chinois et des Coréens, de 50 à 100 kg d'or par jour qui prennent la direction de l'Asie, les autorités de Bunia se sont ressaisies en prenant le taureau par les cormes. Elles ont frappé fort en expulsant ces pillards des richesses naturelles congolaises.

Voici comment le président de la Société civile, Me Jean-Bosco Nano parle de ce dossier qui défraie la chronique en Ituri. Il déplore ce qui se passe dans ce territoire envahi par des Asiatiques qui prétendent n'avoir d'ordre à recevoir de personne : " En fait, le nombre des Chinois qui sont en train d'exploiter de l'or à Komanda s'élève actuellement à plus de 40. Il y a beaucoup d'Asiatiques qui sont en Ituri en train d'exploiter de l'or par-ci par-là, les Coréens sont à Nyanya […] Nous constatons qu'Ituri est pratiquement envahi par des Asiatiques. Ce qui nous étonne ce qu'ils sont en train d'utiliser des engins qui sont très sophistiqués pour l'exploitation. Ils ne répondent à personne. Ils prétendent bénéficier d'une couverture de la hiérarchie nationale. "

Malgré cela, la Société civile d'Ituri n'entend pas baisser les bras. Elle n'entend pas laisser exploiter indéfiniment les richesses naturelles de son territoire. " Nous ne pouvons pas tolérer que le pillage des ressources naturelles puissent aller indéfiniment. D'autant plus que nous savons que l'or est une ressource non renouvelable. Une fois épuisée, il ne peut plus se renouveler. Mais quand les expatriés qui exploitent dans la clandestinité, il y a lieu d'informer le gouvernement. Car là d'où ils viennent ils doivent s'annoncer : qu'est-ce qu'ils sont, qu'est-ce qu'ils sont venus faire, comment ils sont arrivés ici. Quand ils ne peuvent pas nous dire cela, nous présumons qu'ils sont des hors-la-loi. C'est l'expression d'un mécontentement qui existe. Nous n'avons demandé à personne de se manifester […], a-t-il déclaré à la Radio Canal Révélation de Bunia.



" Ils se sont comportés comme en territoire conquis "

Saisie de ce dossier, une délégation conduite par le Commissaire de district était descendue le mardi 13 mars pour déguerpir un groupe important de ces Chinois installés à Komanda, le centre situé à 45 km au sud de Bunia. " C'est pour les déguerpir tout simplement de là, puisqu'ils ne sont pas en règle. Dès qu'ils vont se mettre en règle, ils pourront travailler. Pour le moment, ils ne sont pas en règle, nous devons les déguerpir puisqu'ils se sont comportés comme en territoire conquis. Pour le moment, ils n'ont pas de document d'exploitation et leur document d'immigration étaient déjà expirés. "

Il y a quelques mois, ces Chinois étaient expulsés par la population autochtone de Mambasa. Un autre Coréen au sobriquet de " Roi David " qui disait avoir des relations particulières avec l' ex président Joseph Kabila venait aussi d'être lapidé par des jeunes gens à Nyunzi à 18 km au Nord. En tout cas, la population en avait déjà marre. Elle voulait mettre fin à tout ces désordres, a ajouté la source.

A ce jour, la Société Civile de l'Ituri et l'ensemble de la population de cette partie de la République ne comprennent par comment des Coréens et des Chinois, prétendant être couvert par certaines autorités, bien armés et en tenue militaire chinois, sont allés extraire de l'or dans la rivière Ituri sans aucune autorisation légale. Il a suffi donc plusieurs révoltes de la population pour que l'autorité locale réagisse.

La partie orientale de la RDC ressemble à un Far West où toute sorte d'illégaux se donnent à cœur joie dans l'exploitation des ressources naturelles, au nombre desquels on compte de nombreux groupes armés qui y pullulent et font la loi.
Kléber Kungu

Ituri : le commissaire de district ferme une carrière minière exploitée illégalement


Une carrière d’or exploitée par une trentaine de ressortissants chinois a été fermée à Komanda, à 75 kilomètres au sud-ouest de Bunia dans le territoire d’Irumu (Province Orientale) pour cause d’exploitation illégale. La décision a été prise jeudi 15 mars par Freddy Bosomba, le commissaire de district d’Ituri.
A l’issue de ses missions entre le 1er et le 14 mars, il a indiqué que des Chinois faisaient l’exploitation semi industrielle de l’or avec de grandes dragues et d’autres machines sur la rivière Ituri.
Selon Freddy Bosomba, ces étrangers séjournent irrégulièrement dans cette zone minière et ne possèdent aucun papier de l’administration minière autorisant leur activité.
« Nous avons vu leurs passeports. Ils étaient expirés. Ils étaient en séjour irrégulier et n’avaient aucune autorisation pour l’exploitation minière. C’est pourquoi nous avions interdit cette exploitation que nous considérons illicite »,a déclaré Freddy Bosomba.
Les exploitants Chinois avaient déclaré que leurs papiers devraient provenir de Kinshasa, de la part d’un nommé Dr. Kabagambe qui serait introuvable, ajoute Freddy Bosomba.
C’est depuis plusieurs mois que ces Chinois séjournent dans cette zone minière et y exploitent de l’or. Aucun d’entre eux ne s’est exprimé sur cette affaire. (Okapi)

lundi 12 décembre 2011

HAKI NA AMANI avait accusé la Ceni de réaliser une partie de la compilation des résultats sans témoins

Haki Na Amani, une plate-forme d’ONG de défense des droits de l’homme basée à Bunia (Province Orientale), accuse les agents de la Ceni d’effectuer la compilation des résultats des élections présidentielle et législatives en l’absence des observateurs et des témoins. Le superviseur technique dela Ceni/Bunia rejette cette accusation.
Selon un rapport d’observation du processus électoral publié samedi 3 décembre par Haki na Amani, les agents dela Commission électorale nationale indépendante (Ceni) ont favorisé certains candidats en introduisant dans les urnes des bulletins de vote cochés à l’avance dans un bureau à Komanda, cité située à75 kmau Sud de Bunia, quelques heures avant le déroulement officiel des opérations de vote.
Le secrétaire technique du réseau Haki Na Amani, Eric Mongo Malolo, ajoute qu’actuellement les observateurs sont exclus de l’étape de compilation des résultats.
«Les présidents de ces centres de compilation refusent aux observateurs l’accès à cette partie de la saisie des données des différents centres à l’ordinateur», déclare-t-il.
Le superviseur technique de la Ceni/Bunia, Christian Bakole, affirme de son côté que son antenne n’a pas été saisie des allégations de la plate-forme Haki Na Amani relatives aux bulletins de vote cochés d’avance à Komanda.
Il rejette les accusations formulées par le réseau Haki Na Amani et déclare que des témoins et des observateurs participent à toutes les opérations de compilation à Mahagi.
«Les observateurs, témoins et journalistes sont là pour assurer la transparence du centre local de compilation des résultats. Ils ont été là le premier jour pour compiler avec nous. Ils ont signé les documents », déclare-t-il.

samedi 10 décembre 2011

Kinshasa: l’ambiance dans la ville après les résultats provisoires de la présidentielle

Photo Mediapart
Le sentiment est partagé, vendredi 9 décembre dans la soirée, au sein de la population kinoise après l’annonce par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) de la victoire de Joseph Kabila Kabange à la présidentielle de lundi 28 novembre 2011 en RDC.


Juste après l’annonce des résultats provisoires, un groupe de sympathisants du président Kabila sont descendus sur l’avenue des Huileries, qui sépare les communes de Lingwala et Kinshasa, pour exprimer leur joie.
Ils chantaient et scandaient des slogans favorables à leur candidat victorieux à la présidentielle brandissant ses posters de campagne.
Après avoir parcouru environ 100 mètres, ils ont essuyé un jet de pierres venant d’autres jeunes postés en diagonale du marché du camp Lufungula.
Ils ont brièvement riposté avant de poursuivre à célébrer la victoire de leur candidat.
Sur la place Victoire, en plein centre de Kinshasa, et dans les quartiers environnant de Matonge et Kauka, les populations se sont terrés chez eux dans un premier temps laissant les rues aux seules forces de l’ordre.
Après quelque temps, les habitants de ces quartiers sont sortis et ont immédiatement commencé à lancer des pierres contre les policiers anti-émeutes en patrouille dans ces quartiers.
Heurts entre police et jeunes du quariter "Pompage", le 7 décembre 2011 à Kinshasa
Photo CorseMatin
D’autres jeunes gens hostiles au Président Kabila ont brûlé des pneus le long des avenues Victoire, Université et Bongolo.
Dans la commune de Ngiri-Ngiri, sur les avenues Kasa-Vubu et Elengesa, des barricades ont été dressées sur les routes. Un dispositif renforcé de la police était perceptible au rond-point Moulaert, commune de Bandalungwa.
Des échauffourées ont éclaté à cet endroit entre jeunes gens de Ngiri-Ngiri, de Bandalungwa et des forces de l’ordre.
Dans la commune de Ngaliema, on a enregistré des cas des pillages des boutiques tenues par les ressortissants chinois notamment au niveau de la route Matadi et Lalou.
Des scènes de violence de ce genre ont été également signalées dans plusieurs autres quartiers de la ville de Kinshasa, bastion de l’opposition.

Okapi

vendredi 9 décembre 2011

Joseph Kabila Kabange réélu président de la République démocratique du Congo

Joseph Kabila Kabange, 40 ans, a été réélu président de la République démocratique du Congo pour un mandat de cinq ans avec 8 880 944 voix soit 48,95 % des suffrages, selon les résultats provisoires annoncés ce vendredi 9 décembre par la Commission électorale nationale indépendante (Céni).Son principal adversaire politique, l’opposant historique Etienne Tshisekedi wa Mulumba, leader de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) arrive deuxième avec 5 864 795 voix soit 32,33 % des suffrages, selon ces chiffres provisoires proclamés par le président de la Céni, Daniel Ngoy Mulunda, aujourd’hui.
Le président de la Commission électorale a indiqué que sur les 32 024 640 citoyens enrôlés, un peu plus de 18 millions d’électeurs s’étaient exprimés par les urnes lors de la présidentielle de lundi 28 novembre 2011, ce qui équivaut à un taux de participation de 58,81 % .
La publication des résultats provisoires, initialement prévue le 6 décembre, a eu lieu après deux reports successifs, la Céni invoquant la nécessité de confronter les procès-verbaux avec les chiffres qu’elle avait reçus par satellite.
Les élections présidentielle et législatives du 28 novembre ont été entachées d’irrégularités, de soupçons de fraude et émaillées de violences meurtrières notamment à Lubumbashi, dans le sud-est de la République démocratique du Congo.
Plusieurs partis de l’opposition avaient également contesté les résultats partiels successifs de la présidentielle publiés par la Ceni dénonçant « le caractère illégal de ces publications qui jettent le doute sur la crédibilité de la Ceni» et estimant que ces résultats visaient «à préparer psychologiquement la population à la fraude».
Etienne Tshisekedi et ses partisans contestent le décompte publié par la Ceni depuis le début de la publication des résultats partiels et réclament une publication des résultats par bureau de vote et non par province.
Lundi 5 décembre, après publication de résultats partiels, Joseph Kabila et Etienne Tshisekedi, les deux candidats qui émergeaient du scrutin présidentiel (à un seul tour depuis une modification de la Constitution décidée par le président sortant), avaient promis au chef de la mission onusienne en RDC de respecter le verdict des urnes et « d’utiliser les voies pacifiques pour la résolution des contentieux électoraux».
Arrivé au pouvoir en 2001 à la suite de l’assassinat de son père Laurent Désiré Kabila, Joseph Kabila a été élu en 2006 président de la République démocratique du Congo à l’issue de premières élections démocratiques au suffrage universel direct organisées en RDC. Son adversaire politique de l’époque, Jean-Pierre Bemba, est actuellement jugé à la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
La proclamation définitive du vainqueur du scrutin présidentiel par la Cour suprême de justice (CSJ), aura lieu le 17 décembre après traitement de l’éventuel contentieux. Le prochain président de la République démocratique du Congo prêtera serment le 20 décembre 2011.

Okapi

RDC: Kabila vainqueur de la présidentielle, chronique d’un crash électoral

Le président sortant de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, a été proclamé vendredi vainqueur de l’élection présidentielle à un tour du 28 novembre, a annoncé la Commission électorale nationale indépendante (Céni).


Selon les résultats provisoires communiqués par le président de la Céni, le pasteur Daniel Ngoy Mulunda, Joseph Kabila, 40 ans, élu une première fois en 2006, l’a emporté avec 48,95 % des voix, devant l’opposant de 78 ans Etienne Tshisekedi qui a totalisé 32,33 % des suffrages.
Chronique d’un crash électoral
Pour la seconde fois en trois jours, la Commission électorale a reporté jeudi soir au dernier moment l’annonce du vainqueur de la présidentielle en RD Congo. Le résultat était attendu ce vendredi. Récit d’un crash électoral.
Cette double élection (présidentielle et législatives) aura été celle de tous les retards, toutes les suspicions: dans l’organisation, le jour du vote, dans le dépouillement et finalement l’annonce des résultats.
Depuis des mois pourtant, tout était officiellement réglé comme sur du papier à musique: le 28 novembre on vote, on dépouille sur place tout de suite, le 6 décembre la Céni (commission électorale) proclame, le 17 la Cour suprême annonce le nom de celui qui gouvernera le pays pendant les cinq prochaines années.
A longueur de points de presse le président de la Céni, le pasteur Daniel Mulunda, répète que malgré le défi logistique, l’immensité du pays, ces deuxièmes élections démocratiques après celles de 2006 vont être un modèle de transparence et d’équité. Promis juré.
Veille du vote: le moteur commence à tousser. Le matériel électoral (bulletins notamment) n’est pas arrivé partout dans les 64.000 bureaux, beaucoup d’électeurs ne trouvent pas leurs noms sur les listes affichées au dernier moment. Légalement, elles auraient dû l’être un mois avant le scrutin.
Lundi 28 novembre, jour du vote. 32 millions de Congolais sont appelés aux urnes. 11 candidats, en fait un duel entre Kabila et le vieil opposant Etienne Tshisekedi. Les observateurs commencent à observer.
Les bureaux sont censés fonctionner de 06H00 à 17H00. Mais des provinces commencent à remonter les plaintes: ici on n’a pas reçu les bulletins imprimés en Afrique du sud, là il manque les isoloirs, ailleurs les urnes « made in China ».
Des bureaux ouvrent avec un gros retard, certains pas du tout, constatent journalistes et observateurs.
La « belle mécanique » s’enraye
Mardi 29: à Kinshasa, au centre de compilation de la capitale, les sacs de bulletins et de procès-verbaux s’entassent comme un jour de grève d’éboueurs. Du côté des observateurs, les mines s’allongent.
Trois candidats d’opposition réclament l’annulation du scrutin pour « fraudes ». « On n’y pense même pas », cingle le pasteur Mulunda.
Mercredi 30: on découvre que ça vote encore dans certaines localités. Dérogation spéciale, entend-on à la Céni.
Jeudi 1er décembre: la mission de l’UE note des irrégularités et parle pudiquement d’un « processus insuffisamment maîtrisé ».
Le lendemain, c’est le Conseil de sécurité qui s’inquiète des « difficultés logistiques et techniques ».
Vendredi 2: la « belle mécanique » s’enraye un peu plus. A la surprise générale, la Céni distille en soirée des résultats partiels, à la grande fureur de l’oppposition. Normalement elle devait livrer son verdict en une seule fois le 6.
Mardi 6 décembre: alors que le mandat du président Kabila expire à minuit, le résultat est reporté 15 minutes avant l’heure fatidique. De 48 heures grand maximum assure la Céni.
Jeudi 8: la télévision nationale, la Radio Télévision Nationale Congolaise (RTNC) annonce sur un bandeau que les résultats sont prévus à 20H00. Puis 21, puis 22, puis… vendredi. Devant quelques ambassadeurs et une meute de journalistes médusés, le pasteur Mulunda explique qu’il faut être sûr que tous les résultats sont corrects, que les PV papiers collent avec les résultats transmis via satellite.
A Kinshasa, c’est le monde à l’envers. Au Grand Hotel, les « kabilistes » sont réunis pour une soirée de victoire. Buffet, tables rondes avec nappes immaculées et fleurs, écran géant, orchestre, etc… Déçus par le report les invités s’en vont rapidement après un crochet par le buffet.
Dans certains quartiers favorables au vieux Tshisekedi, on danse. Avant l’arrivée de la police.
Vendredi, la capitale s’est réveillée sous la pluie, quasi déserte. En attendant le bandeau de la RTNC…

Direct.cd

Ibra, Brazza Ville.

lundi 5 décembre 2011

La CENI organise encore des élections en Ituri et Dungu

En Province Orientale, plus de six mille électeurs n’ont pas exercé leur droit civique le 28 novembre dernier au poste d’Etat de Doruma, situé à 210 km au nord de Dungu. D’après le Président sectionnaire de l’Union pour la Nation Congolaise / Dungu, cinq sites de vote ont été supprimés sans que des dispositions pratiques ne soient prises en faveur des électeurs de cette entité.

Pendant ce temps, en Ituri la commission électorale nationale indépendante (CENI) organise encore des élections en territoire de Djugu jusqu’à ce jour, particulièrement dans des villages situés au bord du Lac Albert.

Sur place, certains candidats déplorent l’organisation des élections à la va-vite et la délocalisation des lieux de dépouillement.

OKAPI, 02 Dec.

La campagne électorale s'est globalement bien déroulée en Ituri

La campagne électorale s'est globalement bien déroulée dans les cités d'Aru et Ariwara situées respectivement à 260 et300 kmau Nord de Bunia dans le district d'Ituri en Province Orientale, indiquent samedi 26 novembre certains cadres politiques de ces cités.
Jusque tard dans la soirée de la clôture officielle de la campagne électorale, l'ambiance était festive dans les rues et les avenues de la cité d'Ariwara et de Aru-Centre qui étaient bondées des partisans des candidats aux législatives.
A Ariwara par exemple, les candidats ont utilisé tous les moyens possibles à leurs disponibles pour leurs caravanes afin de battre leurs campagnes. Certains ont utilisé des camions, d'autres des vélos et d'autres encire des vélos pour couronner en beauté cette fin de campagne.
Du coté de l'opposition, certains responsables politiques indiquent n'avoir pas reçu d'argent pour battre campagne, notamment ceux de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).

A l'Union pour la nation congolaise (UNC), un des candidats à la députation nationale a décidé de sillonner les artères principales dans un pousse-pousse.
Les responsables politiques déplorent néanmoins quelques cas d'intolérance politique entre le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) et le Mouvement social pour le renouveau (MSR). Les deux partis dela Majoritéprésidentielle s'accusent mutuellement d'avoir tenu des propos discourtois.

Okapi.

vendredi 14 octobre 2011

CPI/KATANGA - KATANGA S'OPPOSE AU PROCUREUR SUR LA NATURE DU CONFLIT EN ITURI

La Haye, 12 octobre 2011 (FH) - Le substitut du procureur, Eric McDonald, a commencé le contre-interrogatoire de Germain Katanga, mardi 11 octobre. Ancien commandant dans la Force de résistance patriotique de l'Ituri (FRPI), le milicien congolais est poursuivi par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l'humanité commis lors du massacre de Bogoro, à l'Est de la République démocratique du Congo (RDC), le 24 février 2003.
Pour Eric McDonald, le massacre de Bogoro a été commis dans le cadre d'un conflit ethnique opposant les Lendu et les Ngiti, ethnie de l'accusé, aux Hema. Mais la thèse fait sourire l'accusé-témoin. « Monsieur Katanga, je vois que vous riez. Rien n'est drôle ici, tempête le procureur. Il y a plusieurs centaines de victimes qui sont mortes à Bogoro ! ». « Objection » de maître David Hooper, avocat de Germain Katanga, et de Jean-Pierre Fofé, défenseur de Mathieu Ngudjolo, pour qui « la théorie du procureur est loin de la vérité ».
Eric McDonald soutient que les combattants Lendu et Ngiti n'agissaient pas uniquement au titre de l'auto-défense, mais menaient parfois leurs propres offensives. Il estime en outre que ces attaques n'étaient pas toujours conduites sous le parapluie de l'Armée des patriotes congolais (APC), comme l'affirme l'accusé, qui explique qu'il n'avait aucun rôle de commandement dans cette milice, et dès lors aucune responsabilité dans ses décisions. Proche du pouvoir de Kinshasa, l'APC luttait contre l'Union des patriotes congolais (UPC), une autre milice qui était alors soutenue par l'Ouganda.
Le 5 septembre 2002, « l'attaque de Nyakunde a marqué l'histoire en Ituri » avance le substitut, « il s'agit du plus grand massacre dans ce conflit permanent, êtes-vous d'accord avec moi ? » « Malheureusement, monsieur le Procureur, vous n'avez pas enquêté sur ce massacre ! Pourquoi n'avez-vous pas enquêté ? Parce que là, vous avez vu qu'il y avait l'APC », rétorque l'accusé.
« Vous êtes un militaire. A 26 ans, vous avez été nommé brigadier général, c'est quand même quelque chose, si jeune... ! Pensez-vous qu'il était nécessaire de tuer autant de civils pour chasser l'UPC ?», reprend le substitut. « C'était une opération dirigée par des professionnels », rétorque Germain Katanga, affirmant qu'il n'était pas présent sur les lieux au moment de l'attaque.
« En plus d'être un braconnier, vous êtes un combattant. Mais cette journée là, vous êtes restés à Nyaberi à vendre des peaux d'Okapi et des défenses d'éléphants ? », ironise Eric McDonald. «Nyakunde ce n'est pas chez nous. Nous nous sommes des défenseurs. Nyakunde ce n'est pas un village Ngiti », lui répond Germain Katanga. Au cours de son interrogatoire principal, Germain Katanga a également affirmé qu'il n'était pas présent à Bogoro, le 24 février 2003.
« Les Ougandais étaient là », dit-il, amenés à Getty, en 2001 par Jean-Pierre Bemba « qui disait que c'était des militaires de paix. » Mais « c'était une force d'occupation qui était en Ituri ! ». Plus tard, l'accusé-témoin affirme que « l'UPC avait l'idéologie de construire un empire Hema-Tutsi ». « C'était terrible, ajoute-t-il. Créer un axe du Rwanda vers l'Ituri, on ne pouvait pas l'accepter. »
Sa déposition se poursuit. Après lui, Mathieu Ngudjolo interviendra à son tour à la barre des témoins.
(SM/GF)

jeudi 6 octobre 2011

Bunia : De plus en plus de fumeurs de chanvre

A Bunia, au nord-est de la RD Congo, la consommation de chanvre augmente. Autrefois drogués par les seigneurs de guerres, les anciens combattants ne parviennent pas à arrêter. Certains de leurs proches commencent eux aussi à fumer.La société civile s’inquiète des crimes et de l’insécurité que ces consommateurs font régner sur leur cité.

En passant dans certains quartiers de Bunia, on sent une odeur particulière… Une fumée provient de petites maisons en pisé. ‘Ce sont des fumeries et des points de vente de chanvre’, indique Jean-Marie Wendo, chef du quartier Lumumba, un des plus populeux de cette cité du district de l’Ituri, au nord-est de la RD Congo. Il poursuit : ‘Une fois ciblés, les vendeurs de ce produit nocif se déplacent vers d’autres endroits. Cela rend souvent difficile la tâche des agents de l’ordre public.’ A l’intérieur de ces fumeries, fréquentées à longueur de journées, on trouve en majorité des jeunes gens, assis sur des canapés. Ils sympathisent, profitant de l’occasion pour se créer une sorte de confrérie autour des cigarettes de chanvre qu’ils se transmettent à tour de rôle. Ils paient cette drogue à un prix raisonnable, une bonne quantité provenant des villages périphériques de Bunia où le chanvre pousse abondamment dans la forêt équatoriale. Ces jeunes sont, pour la plupart, d’anciens miliciens, qui ont vécu des traumatismes au cours des guerres interethniques. Ils ont été quelquefois obligés de tuer. Certains ont perdu leurs parents. Bon nombre d’entre eux sont aujourd’hui au chômage et, désœuvrés, peinent à arrêter de fumer du chanvre. Au contraire, certains de leurs proches les ont même imités, augmentant le nombre de consommateurs. ‘Sous l’effet de cette drogue, ils ne parviennent plus à contrôler leurs actes. Ils ennuient les passants et débitent des insanités au gré de leurs caprices’, déplore un responsable de la société civile locale. ‘Bon nombre d’auteurs des violences sexuelles et autres crimes de droit commun se comptent parmi les fumeurs de chanvre !’, s’inquiètent les activistes des Droits de l’homme.

‘Beaucoup de difficultés à arrêter’

La consommation de cette drogue s’est rependue à Bunia lors des guerres interethniques en Ituri, entre 1999 et 2003. Pendant cette période, de nombreuses personnes, surtout des jeunes, avaient été recrutées dans des milices et groupes armés. ‘Ce produit nocif était donné aux combattants par les seigneurs de guerre pour les droguer afin de les utiliser dans des opérations dangereuses. Aux enfants soldats qui ne pouvaient pas fumer, on faisait consommer cette drogue dans la nourriture ou les boissons. Après la guerre, il est devenu difficile pour plusieurs d’entre eux d’abandonner cette habitude’, observe Oscar Mabawa, responsable d’un centre de rééducation d’anciens enfants soldats.
François, un ancien combattant, fait actuellement le taxi-moto. Il parle ouvertement de sa dépendance à ses clients. ‘J’ai appris à fumer le chanvre lors des conflits armés. Depuis, j’éprouve beaucoup de difficultés à arrêter, car il me donne de la résistance et du courage. Après avoir fumé, je peux conduire la moto toute la journée et la nuit jusqu’aux petites heures du matin. Je fais ainsi de bonnes recettes’, affirme-t-il, sans se préoccuper des risques d’accidents qu’il occasionne quand il roule sous l’emprise du chanvre. Alphonse, ancien milicien, fume, lui, pour oublier le passé. ‘Lorsque je n’ai pas pris de chanvre, je me sens malade. Ce produit me console beaucoup quand j’ai des remords à cause des événements tragiques que j’ai connus pendant la guerre. Je faisais en effet partie d’un peloton d’exécution…’
L’ampleur de la consommation de cette drogue inquiète à Bunia, une région où la cohabitation pacifique entre communautés jadis en conflit se renforce jour après jour. Utilisés lors de ces conflits, ces jeunes, de différentes ethnies, sont depuis devenus des fardeaux, pour leurs propres familles et pour l’ensemble de la société.
Désiré BIGEGA

Cobra Matata: « Je suis bel et bien vivant »- Okapi

«C’est moi-même Colonel Cobra Matata qui vous parle. Ce que Fal a dit est faux.» C’est en ces termes que le chef du Front de résistance patriotique de l’Ituri (FRPI), Matata Banaloki alias Cobra Matata a démenti au téléphone, mardi 4 octobre en Ituri en Province Orientale, la nouvelle de sa mort.
A côté du chef d’état major de sa milice de FRPI, Mbadu Adirodu, Cobra Matata officier déserteur des FARDC depuis juin 2010 a expliqué le choix de son retour au maquis :
«Dans le processus [de paix], nous nous sommes convenus que l’amnistie nous soit accordée et qu’on libère tous nos camarades emprisonnés et qu’on organise un mixage [opération de mise en commun des anciens miliciens intégrés dans l'armée nationale] pour nous. Si le gouvernement accepte de faire tout cela, nos bons rapports seront rétablis», a déclaré Cobra Matata.
Le commandant de la zone opérationnelle des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), le colonel Fal Sikabwe, avait annoncé, lundi 3 octobre sur les ondes des radios locales de l’Ituri que le colonel Matata Banaloki alias Cobra était décédé depuis le 20 septembre, au cours d’un accrochage entre les miliciens des Forces de résistance patriotique de l’Ituri (FRPI) et les FARDC aux environs des groupements Bukiringi et Matalatala, dans la collectivité des Walendu-Bindi en Ituri (Province Orientale).
Joint au téléphone à Kinshasa où il est en mission, le colonel Fal Sikabwe, commandant de la zone opérationnelle des FARDC en Ituri a nié avoir confirmé la mort de Cobra Matata auprès des journalistes de Bunia :
«Premièrement, je n’ai pas publié la mort de Cobra Matata. Nous avons des images des corps. Maintenant, il s’agit de vérifier les images avec les gens qui vont identifier les corps», a-t-il déclaré confirmant qu’il y a un corps que l’on croit être celui de Cobra Matata.
De son côté, l’officier déserteur Cobra Matata s’engage à sécuriser les prochaines élections dans l’espace sous contrôle de sa milice.